Saïd Elhadi : « Le Maroc est engagé dans un pipeline d’investissements considérable »
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Le Maroc aura la capacité de revenir en quelques années au niveau de 500 kg par habitant et qu’il est tout à fait en mesure de dépasser ce palier, à plus long terme.
Le président de l’APC, Saïd Elhadi, explore la dynamique du secteur cimentier à l’échelle nationale à l’aune de la Coupe du Monde 2030.
Quelles sont les principales évolutions observées dans le secteur cimentier au cours des dernières années en général, et particulièrement en lien avec la Vision du Maroc 2030 ?
Le secteur du ciment sort d’une longue période de repli qui a commencé autour de 2012 et qui a duré presque dix ans. On assiste depuis quelque temps à un vrai redémarrage, qui s’est accéléré en 2024 et qui se confirme en 2025. Sur le premier semestre, on enregistre une croissance de près de 10% des volumes livrés par les membres de l’APC.
Cette dynamique est le reflet d’une relance vigoureuse du secteur de la construction, qu’on doit en grande partie à l’accélération des chantiers d’infrastructures dans le cadre des objectifs fixés à l’horizon 2030, mais aussi à la mise en œuvre du programme d’aide publique aux primo-acquéreurs de logements, qui commence à porter ses fruits.
Justement, cette demande en ciment évolue-t-elle selon votre vision?
En 2024, nous avons assisté à une vraie reprise de la demande en ciment, surtout dans la deuxième moitié de l’année. A fin juin, la croissance était modeste, autour de +1%, et elle a ensuite fortement accéléré pour atteindre +17,6% sur le second semestre.
Au total, on a terminé l’année avec 13,7 millions de tonnes livrées par les membres de l’APC, contre 12,5 millions en 2023. Cela représente une hausse globale de 9,45%, mais il faut noter que ce chiffre ne reflète pas exactement la croissance du marché en raison de l’effet d’arrivée d’un nouveau membre courant 2023. Je crois néanmoins que la croissance réelle a été supérieure à +6%, ce qui est déjà très significatif.
Au-delà de la croissance globale du marché, nous constatons une forte hausse des livraisons en vrac, grâce à deux segments : le Béton prêt à l’emploi et la préfabrication. Le BPE a progressé de 20%, avec un taux de pénétration de 22%. Même chose du côté de la préfabrication qui enregistre une hausse de 11%. Ces tendances expriment clairement un mouvement de transition de la filière de la construction vers des solutions plus industrialisées.
Côté consommation par habitant, nous sommes à 372 kg en 2024. C’est encore en dessous du pic de 2011 où nous avions atteint les 500 kg. A titre de repère, la moyenne mondiale de consommation de ciment est de 500 kg/habitant. Des pays comme la Turquie et la Malaisie dépassent les 700 kg/habitant et la Chine est même au-dessus des 1000 kg/habitant.
Aujourd’hui, on se réjouit de voir le Maroc engager un pipeline d’investissements considérable dans l’infrastructure, l’industrie et l’énergie. Pour ces raisons, je crois que notre pays aura la capacité de revenir en quelques années au niveau de 500 kg par habitant et qu’il est tout à fait en mesure de dépasser ce palier, à plus long terme.
Pour quel impact sur l’emploi local et quelles compétences seront nécessaires pour l’avenir?
La reprise du secteur ne se traduit pas directement par plus d’emplois dans les cimenteries elles-mêmes. Il faut rappeler qu’à fin 2024, les cimentiers ont livré 13,7 millions de tonnes, alors que la capacité annuelle du secteur est de 24,6 millions. Nous sommes donc loin d’utiliser tout le potentiel de production, ce qui limite l’impact sur l’emploi direct dans les usines
En revanche, la croissance du marché a un vrai effet sur l’emploi dans l’aval, notamment dans le bâtiment et les travaux publics. Le secteur du BTP, qui fait déjà travailler environ 1,2 million de personnes au Maroc, a créé 52 000 nouveaux emplois rien qu’au premier trimestre 2025 selon les données communiquées récemment par le gouvernement. C’est le résultat de la relance des grands projets d’infrastructure.
sources: www.maroc-hebdo.com


