Nathalie Kouassi Akon : « Les investisseurs privilégient des projets structurés »
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La directrice régionale Golfe de Guinée de la Société financière internationale (SFI), Nathalie Kouassi Akon, clarifie l’opinion sur les conditions d’un investissement durable, l’écosystème numérique africain et ses limites voire les perspectives d’un marché régional.
Comment la SFI évalue-t-elle aujourd’hui l’appétit des investisseurs privés pour la région ?
La SFI estime à environ 6 milliards de dollars par an les besoins d’investissement dans les infrastructures numériques en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Il s’agit d’une zone en forte croissance, portée par des opérateurs matures, une demande soutenue, une hausse continue du trafic Internet et des modèles économiques désormais éprouvés. L’appétit des investisseurs privés reste réel. Ils privilégient toutefois des projets bien structurés et, de plus en plus, des infrastructures mutualisées : partage d’actifs entre plusieurs acteurs, mais aussi des montages financiers qui combinent capitaux privés, fonds publics et financements internationaux. Cette logique de mutualisation réduit les risques et améliore la viabilité des projets à long terme.
Qu’est-ce qui freine aujourd’hui l’investissement privé dans les start-up africaines du numérique ?
D’abord, il faut garder un certain sens des proportions. Sur les dix dernières années, le secteur technologique est celui qui a reçu le plus de financements en capital-risque en Afrique, davantage que l’agriculture ou le commerce de détail. Le numérique attire.
Le problème, c’est la répartition géographique. L’essentiel du capital-risque se concentre en Afrique du Sud, au Kenya, au Nigeria et en Egypte. L’Afrique francophone reste sous-desservie. Les freins sont multiples.
Le premier est lié à la structuration des entreprises. Beaucoup d’entrepreneurs n’ont pas encore l’accompagnement nécessaire pour structurer leur société, présenter des comptes clairs, ou bâtir une gouvernance solide. Le second tient à la visibilité. La barrière de la langue limite l’accès des innovateurs francophones à certains réseaux, événements ou plateformes internationales où se trouve le capital-risque mondial.
Troisième frein : le cadre réglementaire. Peu de pays disposent de lois adaptées aux start-up, ou de régimes fiscaux incitatifs. Et lorsqu’un entrepreneur veut croître, il doit souvent dépasser son marché national, trop petit pour atteindre l’échelle nécessaire. L’absence d’harmonisation fiscale et réglementaire entre pays complique ce passage à l’échelle. Ces obstacles ne sont d’ailleurs pas spécifiques au numérique : ils touchent l’ensemble des jeunes entreprises africaines.
Comment la SFI accompagne-t-elle ces entrepreneurs et les investisseurs qui pourraient soutenir leurs innovations ?
Nous avons créé des instruments dédiés pour soutenir l’innovation numérique. Parmi eux, le fonds Startup Catalyst, qui appuie les acteurs du capital-risque investissant dans les jeunes entreprises technologiques. Nous avons, ces dernières années, investi de manière substantielle dans le numérique en Afrique subsaharienne.
Un point d’attention important concerne les femmes entrepreneures. À l’échelle mondiale, elles ne reçoivent qu’environ 4 % des financements en venture capital. En tant qu’institution de développement, nous avons la responsabilité d’améliorer cet accès, en veillant à ce que les femmes innovatrices puissent bénéficier des mêmes opportunités de financement.
Et comment la SFI contribue-t-elle à ce chantier la création d’un marché numérique unique?
Ce ne sera pas simple. Mais notre rôle sera déterminant et c’est précisément là que l’appartenance au groupe de la Banque mondiale prend tout son sens. Le groupe agit à deux niveaux : le secteur privé, avec la SFI, et le secteur public, avec nos collègues qui travaillent directement avec les gouvernements.
En concertation permanente avec eux, nous faisons remonter la voix du secteur privé sur des sujets comme la protection des données, l’interopérabilité des paiements, la régulation des fintechs, la concurrence dans les télécoms, ou la gestion des infrastructures partagées. Et nous encourageons systématiquement une approche régionale, car s’il existe un domaine où les frontières n’ont plus de sens, c’est bien le numérique.
Nathalie Kouassi Akon, directrice régionale Golfe de Guinée de la Société financière internationale (SFI)
sources: ecofin


